mercredi 17 septembre 2014

Biographie de Lokua Kanza



LOKUA KANZA
Lokua Kanza, troubadour métis de père congolais et de mère rwandaise, est
sensibilisé dès ses premiers jours à la beauté des mélodies. Apprentissage
du chant dans les églises, exploration de la musique à la radio, la télévision,
dans la rue, les clubs, les concerts. Emerveillé à 13 ans par un concert de
Miriam Makeba, il décide de devenir chanteur.

Son ami Ray Lema lui offre sa première guitare, et l'adolescent fait ses
premières apparitions publiques dans des orchestres de rumba zaïroise. Il
part ensuite se perfectionner au conservatoire de Kinshasa. Lokua manie en
expert la sanza, le piano, les claviers, la basse, les percussions, la flûte. Le
jeune homme commence à creuser son sillon tout au long du golfe de Guinée,
du Zaïre à la Côte d’Ivoire (il réside deux ans à Abidjan), se révèle dans la
formation de la grande chanteuse zaïroise La Reine Abéti.

En 1984, Lokua s'exile à Paris pour y suivre les cours du guitariste de jazz
Pierre Cullaz (CIM). Rapidement, le multiinstrumentiste mêle sa voix à celle(s)
de la communauté musicale africaine, accompagne Ray Lema, Papa Wemba,
Sixun, Manu Dibango... L'auteur et compositeur, lui, écrit en quantité pour
les uns et les autres et se bâtit peu à peu son propre répertoire. Il donne son
premier grand concert parisien en 1992, à l'Olympia, en "vedette américaine"
d'Angélique Kidjo.

Lokua Kanza, premier opus personnel, est enregistré fin 1992 et publié un an
plus tard. Succès énorme. Début 1994, la presse se dit "fascinée", "sous le
choc", "envoûtée", "hallucinée", "revigorée", le barde est devenu star et se
voit décerner à Libreville (Gabon), le prix du « Meilleur album africain » aux
Africar Music Awards. Signé chez BMG, Lokua assure les avant-spectacles
de Jean-Louis Aubert, Patrick Bruel et Youssou N'Dour. Il séduit
instantanément les publics respectifs que tout semblerait opposer. Dans la
foulée, il coproduit avec deux séances de ses amis Papa Wemba (« Emotion
», pour lequel il reçoit le prix du « Meilleur arrangeur africain ») et
Geoffrey Oryema (« Night and day »).
 
Credit: Christophe Campana
Essai transformé en 1995 avec Wapi Yo, deuxième fabuleuse réussite.
L’album s’inscrit en numéro trois sur les chartes allemandes. Un réservoir de
hits, au premier rang desquels s’inscrivent Shadow dancer (vendu à plus de
500.000 exemplaires) et Sallé, qui vaut à Lokua Kanza trois nominations aux
11èmes Victoires de la musique. Suivront quantité de tournées dans le
monde entier, du Sénégal à l’Espagne, de l’Allemagne au Canada, du Brésil à
Los Angeles. Ponctuées de moments forts : la « Fête à Lokua », en juillet
1996, aux Francofolies de la Rochelle; le festival de Montreux, le même
été ; ou le Heineken Festival de Sao Paulo, en 1997, occasion unique de
mêler sa voix à celles de Djavan, Al Jarreau et Chico César... Sans oublier
diverses autres collaborations : invité sur l’album « Hors saison » de
Francis Cabrel (1999), duo avec la chanteuse israélienne Noa (« Noa Now »,
2001) et composition d’un titre pour Nana Mouskouri (« Fille du soleil »,
2002).
 
Sur le plan discographique, cinq ans, cependant, s’écouleront avant de sortir
son prochain album, mais ces années ne sont pas sans fruit.
En 1998 il sort son troisième album, 3. En 2003 paraît Toyébi Té,
flamboyante aquarelle chantée sur le ton de la confidence et troisième grosse
performance commerciale de Lokua Kanza. Avant de retourner en studio
début 2004, le chanteur a de nouveau taillé la route, entre Europe et Afrique,
participé à l’aventure « This is our music » aux côtés de Salif Keita, Natalia
M. King, Akosh S., Mino Cinélu, Marcio Faraco, et cosigné sur No Format,
subdivision d’Universal Jazz, l’élégantissime Toto Bona Lokua en
compagnie de Richard Bona et Gérald Toto, trio qui a parcouru les scènes
du Nord et du Sud tout au long de l’été.

Au début de 2005, il revient avec Plus vivant, sa cinquième production
personnelle.

Le chemin de la vie fait que Lokua s’éloigne de la France après près de 25
ans de résidence et il s’installe à Rio di Janeiro où la musique brésilienne
imprègne son esprit. La famille des musiciens brésiliens l’adopte rapidement
faisant appel à lui pour ses belles compositions. Il compose pour les plus
grandes stars tel que Gal Costa, Luiza Possi, et Vanessa de Mata.

Il travail en parallèle sur son sixième album, Nkolo, qu’il sort en mars 2010.
À travers cet album, j'ai voulu faire passer la profondeur de l'Afrique qui m'a
bercé, en y mêlant toutes mes influences. J'ai planté une sorte de baobab où
on peut se poser quand on ne sait plus très bien où on en est, quand on a
besoin de retrouver ses racines. La musique est comme en suspension, nous
sommes dans un univers d'épure et d'art mélodique.

Rien de démonstratif chez Lokua Kanza. Aucune ostentation. Rien de
brutal non plus. L'homme est pudique, d'apparence sereine, semble en
apesanteur et d'humeur méditative. Il réserve ses mots, regarde, écoute,
sourit, et d'un léger plissement de ses yeux noirs et pénétrants révèle
une part conséquente de sa propre vérité : la puissante lumière
intérieure qui l'habite et dont les rais transportent tout à trac bonheurs
et souffrances, pleurs et rires, doutes et révélations, frayeurs et
espérances, révoltes et respect, compassion et, plus que tout... amour.
Avec un grand A.

Courtoisie: 

Lokua Kanza Management.

lundi 26 mai 2014

Tout ce qu'il faut sauvoir sur le Chikungunya

En tenant compte de ce qui est dit dans ce document, je comprends que les cas de Chikungunya vont continuer à se proliférer. En prenant en charges les personnes infectées, il ne faut surtout pas négliger de protéger la personne infectée contre toute nouvelle piqure. Car si les moustiques venaient à piquer cette personne, le risque d'une épidémie deviendrait plausible. 

mercredi 7 mai 2014

Qu'est-ce qui différencie l'homme de la femme ?

Extrait du journal Lemonde
Par 
D’un côté, les sociétés occidentales s’efforcent de tendre vers une égalité des rôles sociaux entre genres. D’où, par exemple, les ABCD de l’égalité filles-garçons expérimentées dans le primaire depuis 2013 en France – non sans créer quelques remous. De l’autre, de récents travaux confirment la subtilité – et son corollaire, la vulnérabilité – des mécanismes de différenciation du sexe chez l’embryon. Plus déroutant encore : le chromosome mâle, le fameux « Y », pourrait être en sursis.
Lire notre article : Le chromosome Y est-il en sursis ?
Rapprochement hasardeux, parallèle osé ? Peut-être pas, si l’on admet que ces faits sociétaux et scientifiques concourent à ébranler le socle de notre vieux système de distinction entre sexes et entre genres. Le genre, ce sont les attributions que chaque société fait à l’homme ou à la femme en fonction de son sexe. Mais les « questions de genre », éclectiques, sont au carrefour de plusieurs disciplines. C’est qu’elles sont nées de réflexions menées dans deux domaines distincts : la médecine et la « pensée féministe ».
GENRES MASCULIN, FÉMININ ET « INDÉTERMINÉ »
Fait historique, la loi allemande reconnaît, depuis novembre 2013, qu’un être humain peut n'appartenir ni au genre masculin ni au genre féminin, mais à un genre « indéterminé ». Avec quelles conséquences, pour un nouveau-né déclaré sous ce troisième genre ? « Ces situations sont encore taboues », note Marie-Christine Chaboissier, qui dirige le laboratoire Inserm...


Qu'est-ce qui différencie l'homme de la femme ?
LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 05.05.2014 à 16h49 • Mis à jour le 05.05.2014 à 20h24|Par Florence Rosier
D’un côté, les sociétés occidentales s’efforcent de tendre vers une égalité des rôles sociaux entre genres. D’où, par exemple, les ABCD de l’égalité filles-garçons expérimentées dans le primaire depuis 2013 en France – non sans créer quelques remous. De l’autre, de récents travaux confirment la subtilité – et son corollaire, la vulnérabilité – des mécanismes de différenciation du sexe chez l’embryon. Plus déroutant encore : le chromosome mâle, le fameux « Y », pourrait être en sursis.
Lirenotre article : Le chromosome Y est-il en sursis ?

Rapprochement hasardeux, parallèle osé ? Peut-être pas, si l’on admet que ces faits sociétaux et scientifiques concourent à ébranler le socle de notre vieux système de distinction entre sexes et entre genres. Le genre, ce sont les attributions que chaque société fait à l’homme ou à la femme en fonction de son sexe. Mais les « questions de genre », éclectiques, sont au carrefour de plusieurs disciplines. C’est qu’elles sont nées de réflexions menées dans deux domaines distincts : la médecine et la « pensée féministe ».
GENRES MASCULIN, FÉMININ ET « INDÉTERMINÉ »

Fait historique, la loi allemande reconnaît, depuis novembre 2013, qu’un être humain peut n'appartenir ni au genre masculin ni au genre féminin, mais à un genre « indéterminé ». Avec quelles conséquences, pour un nouveau-né déclaré sous ce troisième genre ? « Ces situations sont encore taboues », note Marie-Christine Chaboissier, qui dirige le laboratoire Inserm génétique de la détermination du sexe et de la fertilité, à l’université de Nice.
Avant même que l’individu ne se construise socialement et psychologiquement, le déterminisme du sexe met en jeu, in utero, des processus génétiques d’une grande délicatesse. « Chez l’embryon, les gonades [ovaires ou testicules] et les voies génitales sont les seuls organes à être dotés d’une double potentialité initiale, mâle et femelle à la fois, relève Eric Pailhoux, spécialiste de la biologie du développement et de la reproduction à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Jouy-en-Josas (Yvelines). C’est une lutte permanente, lors du développement de l’embryon, entre les gènes qui font pencher la balance dans le sens masculin et ceux qui la font basculer dans le sens féminin. »
Mais ce raffinement a son revers : une certaine fragilité, des failles et des ambiguïtés éventuelles. Fragilité qu’il convient de relativiser : sans la robustesse globale de ce système, notre espèce aurait-elle survécu depuis quatre millions d’années ? Cette « solidité ténue » peut se comprendre : l’équilibre entre sexes est vital pour l’espèce. Si, lors du développement de l’embryon, la voie femelle devenait trop robuste, la voie mâle ne pourrait plus l’inhiber – et inversement : l’équilibre entre sexes serait rompu.
Cet équilibre dépend bien sûr aussi de la balance entre la formation des spermatozoïdes porteurs d’un X et de ceux porteurs d’un Y. Rappelons qu’un individu XX est femelle et qu’un individu XY est mâle. Sauf en cas de troubles du déterminisme du sexe : chez les « intersexuels », le sexe apparent est en contradiction avec le sexe chromosomique. Une personne XY présente alors une apparence féminine, une personne XX une apparence masculine. On parle « d’inversion sexuelle complète ». Ces troubles peuvent provenir d’anomalies génétiques ou d’exposition à un environnement hormonal perturbant le développement sexuel.
Dans le manuel Sciences de la vie et de la terre de la classe de première S, au chapitre « Devenir homme ou femme », figure l’image troublante d’une protubérance , le « tubercule génital ». Présent chez l’embryon humain à la fin de la huitième semaine de grossesse, il constitue l’ébauche des organes génitaux externes. Il est, à ce stade, strictement identique chez l’embryon mâle ou femelle. Est-ce de cet instant que tout bascule, côté mâle ou côté femelle ? Non, bien sûr : le destin sexuel est scellé dès la fécondation, selon que le spermatozoïde est porteur d’un chromosome X ou Y.
« Je commence souvent mes séminaires en disant qu’on est femme par défaut, sur le plan des chromosomes sexuels : un individu sans Y devient femelle, quel que soit le nombre de ses chromosomes », dit Edith Heard, professeure au Collège de France, spécialiste du chromosome X à l'Institut Curie. Mais, à l’échelle des gènes, cette vérité chromosomique se mue en contre-vérité.
SRY ET FOXL2, GÈNES DU DÉTERMINISME SEXUEL 
L’explication commence avec le façonnage des organes sexuels internes : il débute, chez l’embryon mâle, à la sixième semaine et demie du développement. Pourquoi ? Parce que « s’allume » alors, chez le mâle, un gène primordial du déterminisme sexuel : SRY, situé sur le chromosome Y. Là est le point de rupture, l’instant fatidique où tout bascule, précipitant l’embryon vers son destin de mâle.
Longtemps insaisissable, le gène SRY a été identifié en 1989 par les Britanniques Peter Goodfellow et Robin Lovell-Badge. Pour cela, ces chercheurs ont décrypté l’ADN de quatre personnes intersexuelles : une femme XY dont le chromosome Y avait perdu le gène recherché, et trois hommes XX dont un des chromosomes X avait récupéré ce gène. En 1993, Ken McElreavey, dans l’équipe de Marc Fellous (Institut Pasteur, Paris), a postulé que SRY inhibait aussi le développement de la voie femelle.
« On a longtemps cru que seule l’activation du gène SRY importait. Et que le programme femelle se développait par défaut, en l’absence deSRYraconte Marie-Christine Chaboissier. Mais on sait aujourd’hui que c’est une vision erronée. Il existe un programme mâle et un programme femelle, respectivement gouvernés par une cascade de gènes “mâles” oufemelles. La cascade mâle active le développement des organes mâles tout en réprimant celui des organes femelles – et la cascade femelle fait l’inverse. Au plan génétique, il est faux de dire qu’on est femme par défaut. » De quoi mettre du baume au cœur à la moitié XX de l’humanité ?
Le gène SRY a été identifié il y a plus de vingt ans. Mais la cascade de gènes en aval commence seulement à être connue. L’allumage de SRY déclenche l’activation du gène SOX9, porté par le chromosome 17 : et ce gène-clé prend le relais dans le déclenchement de la masculinisation. Peu après, SRY provoque l’inhibition du gène RSPO1, porté par le chromosome 1, et cette inhibition bloque le programme de féminisation.
De leur côté, les gènes intervenant dans le programme femelle commencent à être identifiés. Le 30 janvier, l’équipe d’Eric Pailhoux révélait, dans Current Biology, l’importance du gène FOXL2 dans la formation des ovaires : ce gène réprime les gènes du programme mâle et active les gènes femelles. Chez la chèvre, les fœtus XX n’ayant plus de gène FOXL2 développent des testicules à la place des ovaires. Le même gène existe dans l’espèce humaine.
DES EXCEPTIONS PAS TOUJOURS RARES
Revenons au programme mâle. Une étude américaine, publiée le 2 septembre 2013 dans PNAS, confirme que le basculement vers un destin mâle dépend d’un subtil dosage du gène SRY. Une équipe de l’Ohio a suivi une famille dont le père, bien que porteur d’une mutation du gène SRY, avait un phénotype masculin et restait fertile. Ayant hérité de la même mutation, sa « fille » XY montre un cas d’inversion sexuelle incomplète, n’ayant ni gonade ni sécrétion hormonale. « Pourquoi le même SRY muté “fait” un mâle chez le père, mais n’a pas masculinisé la fille ? », s’interroge Eric Pailhoux. « L’activité de SRY était seulement deux fois plus importante chez le père que chez sa fille, alors que les auteurs s’attendaient à ce qu’elle soit multipliée par cent. La variation d’amplitude est très faible », note Marie-Christine Chaboissier. « La différence entre le père et la fille pourrait venir d’une variation d’un gène en aval de SRY », estime Eric Pailhoux.
C’est donc de l’exception que les biologistes ont tiré la règle. Des exceptions pas toujours rares : « Un à deux pour cent des enfants présenteraient des troubles du développement des organes génitaux externes, indique Ken McElreavey, qui dirige aujourd’hui l’unité de génétique du développement humain à l’Institut Pasteur. Quant auxinversions sexuelles complètes, elles touchent une personne sur 50 000. »
Ces vingt dernières années, son équipe a identifié de nombreux gènes intervenant dans le développement des gonades chez l’homme. Ce généticien coordonne une cohorte d’ADN unique au monde : « Nous recevons des Etats-Unis, d’Egypte, d’Inde, de la France... l’ADN de patients atteints de troubles du déterminisme du sexe (TDS), dans le but d’établir un diagnostic génétique. » Dans 70 % des cas, on n’a aucune idée des gènes en cause.
« Mais cette situation va changer, car nous utilisons de nouvelles technologies de séquençage de l’ADN à haut débit », dit Ken McElreavey. Le 18 février, son équipe identifiait, dans Human Molecular Genetics, un gène (FOG2) muté chez des filles XY atteinte d’un TDS. En 2010, elle montrait qu'une des causes les plus fréquentes d'infertilité (masculine et féminine) était due à des mutations dans un gène de détermination du sexe (NR5A1). « Ces études ont un impact direct sur notre compréhension des causes de l'infertilité humaine, dont la fréquence augmente. »
Pourquoi, par ailleurs, certaines personnes se ressentent-elles comme appartenant à l’autre sexe que celui de leur naissance ? Les experts sont rares, et très peu ont donné suite à notre demande. « On émet l’hypothèse qu’il puisse exister un substrat biologique à leur condition, sans que l’on ait trouvé jusqu’ici de cause biologique avérée », avance Colette Chiland, professeure honoraire de psychologie clinique de l’université Paris-Descartes.
Selon les données les plus récentes, une personne sur 20 000 serait concernée par le transsexualisme. Dans les années 1950, trois à quatre hommes pour une femme demandaient une réassignation de leur sexe. Aujourd’hui il y a autant d’hommes que de femmes. Un peu plus de 300 personnes se présenteraient chaque année dans des établissements publics français et 150 se feraient opérer. Mais certaines personnes transsexuelles s’adressent à des établissements privés ou vont à l’étranger.
« Jadis, la nature humaine était bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Il y avait trois sortes d'hommes : les deux sexes qui subsistent encore [qui étaient unis comme des siamois] et un troisième composé de ces deux-là (...), [qui] formait une espèce particulière et s'appelait androgyne, parce qu'il réunissait le sexe masculin et le sexe féminin », écrivait, vers 380 avant notre ère, Platon dans son Banquet.Si ce « jadis » se rapporte aux premières semaines de vie embryonnaire, la biologie conforte en partie cette vision. On sait la suite : l’homme défie Zeus, qui, en représailles, sépare ses moitiés mâle et femelle. Celles-ci n’auront de cesse qu’elles ne cherchent leur moitié arrachée...

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vendredi 13 décembre 2013

La cassave du Nord, quel avenir ?

Par Louicius Micius Eugene


La cassave est un produit de substitution du pain obtenu à partir du manioc. Consommée toute l'année par les petites bourses en Haïti, cette galette est particulièrement prisée par nombre d'Haïtiens le jour de l'an, notamment pour accompagner la traditionnelle soupe au giraumon. Et le Nord du pays a la réputation de produire une cassave très appréciée. A l'atelier de Mombin Lataille, au Cap-Haitien, la production de la cassave est aussi créatrice d'emplois. Pourtant, cette activité se trouve aujourd'hui quelque peu menacée… Visite guidée au coeur de cette activité.
A l'atelier de production de cassaves de Mombin Lataille, situé à la sortie Sud de la ville du Cap-Haitien, tout visiteur est tout de suite accueilli par l'odeur désagréable que dégage le cyanure contenu dans l'eau de manioc. Pourtant, les véhicules empruntant la route nationale #1 peuvent difficilement poursuivre leur trajet sans y faire halte, question de s'approvisionner en cassave.

Galette produite à partir de la farine de manioc, la Cassave représente une alimentation en effet très prisée dans plusieurs régions du pays, et bien entendu dans le Nord. Elle se déguste seule ou avec du beurre, de la confiture, du fromage, du jambon, de la viande grillée ou de la sauce, voire des légumes.  L'atelier de Mombin Lataille fonctionne, depuis 1973. Il produit surtout de la cassave douce, mais également, sur demande, de la cassave ordinaire. Contrairement à la cassave ordinaire, appelée aussi cassave simple ou cassave sel, la cassave douce comprend non seulement de la farine de manioc et du sel mais aussi du sucre, du lait, des épices, de l'extrait de coco et de la pistache, etc. 

Acheteurs et consommateurs de cassave connaissent bien l'atelier de Mombin Lataille. Ils connaissent également la réputation de la cassave du Nord. C'est le cas de Jackson Jean, de la diaspora haïtienne aux Etats-Unis, qui atteste que « depuis 10 ans, je consomme de la cassave du Nord et la partage avec mes amis de la diaspora ». Et cet amateur avéré a déjà permis à ce pain de manioc de voyager en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique. Il s'apprête d'ailleurs à démarrer le commerce de ce produit à Miami, notamment à « Little Haïti », pour permettre à ses compatriotes à consommer ce produit du terroir. 


Du manioc à la cassave 

Le processus de production suit une longue étape au cours de laquelle interviennent plusieurs individus. Après l'achat puis le transport de ces tubercules à l'atelier, intervient leur épluchage. Cette activité, quoique peu rentable, permet à quelques femmes d'assurer l'éducation de leurs enfants. Ainsi, Mme Chazilia, qui, depuis son enfance, effectue ce travail, obtient chaque jour, en retour, une quantité assez modeste de manioc, dont elle tire de l'amidon. Ce sous-produit est ensuite revendu aux ménages qui l'utilisent dans le repassage des vêtements, comme de la colle ou pour préparer de la bouillie. 

La deuxième phase consiste à broyer (à la machine) les tubercules de maniocs puis à presser la pâte obtenue après l'avoir mise en sacs. « Pour chaque sac de manioc broyé et pressé, le producteur verse 50 gourdes au propriétaire de l'atelier représenté par le presseur. Celui-ci gagne 30% sur cette opération », explique le jeune Doda Jean-Baptiste, qui travaille à l'atelier depuis cinq ans. Il presse entre 48 à 60 sacs de manioc par semaine.
Une autre équipe intervient au niveau du tri. Il s'agit d'enlever les écorces de manioc restées dans la farine de manioc.  Et, à partir de cette phase interviennent un autre groupe de travailleurs, les « faiseurs » de cassave ou chefs de platine. 

Celle-ci, appelée aussi plaque de fonte, est un objet métallique de forme circulaire, disposée sur un fourneau de quatre pieds. On y répand la farine de manioc sur toute la largeur pour faire cuire la cassave. Les faiseurs de cassave de cet atelier gagnent par jour le prix d'une cassave, soit maintenant 250 gourdes. 

Ce métier comporte cependant des risques pour la santé. En effet, la production de la cassave oblige les fabricateurs à travailler sous une forte chaleur. «En rentrant à la maison, si la pluie nous surprend, c'est dangereux pour notre vie. Pour éviter le pire, nous devons nous réchauffer le plus vite possible », témoigne Gérald, faiseur de cassave de la commune Sainte-Suzanne, une localité voisine. 

La production de la cassave crée, sur place, d'autres emplois : les livreurs de cassave. Il s'agit de jeunes garçons sans profession qui s'activent à délivrer, à longueur de journée, la marchandise aux chauffeurs et aux passagers des véhicules. Sur dix paquets de cassave vendus, ils gagnent une cassave ou l'équivalent en monnaie locale.
Josué Pierre, un vendeur dont c'est la principale activité, explique que «cette opération se réalise avec art. Les chauffeurs autant que les passagers sont souvent pressés, et il me faut une certaine habileté pour pouvoir les convaincre de choisir mon paquet plutôt que celui d'un autre vendeur ». 


Une activité en péril ? 

Mme Adina Estinfort, productrice de cassave depuis 15 ans, soutient que sa famille de 11 personnes vit de la production et de la vente de cassave. Toutefois, souligne-t-elle, « quoique la cassave bénéficie d'une forte demande et d'une grande popularité, des incertitudes planent sur son avenir ».  En effet, depuis environ cinq ans, beaucoup de terrains très fertiles dans la zone de Haut du Cap, destinés à l'agriculture, font désormais l'objet de lotissement pour la construction de logements. C'est pourquoi, Mme Estinfort exhorte le Ministère de l'Agriculture à «encourager la culture du manioc en Haïti, en distribuant gratuitement des plants ».  Par ailleurs, elle explique que « si la cassave, en tant que produit de substitution au pain, devient plus cher que ce dernier, elle n'a plus sa raison d'être ». Depuis quatre ans environ, Mme Estinfort est obligée d'acheter le manioc ailleurs, surtout à Sainte-Suzanne et dans d'autres régions du Nord-Est ainsi que dans le Plateau Central. 

Jeanty Noël, un autre producteur de cassave, explique que les terres loties sont pour la plupart fermées entre quatre murs sans aucune construction à l'intérieur. « Je pense que le gouvernement devrait au moins faire preuve d'une plus grande justice en faveur des plus pauvres », martèle-t-il.  Jeanty se plaint du fait que les producteurs parviennent rarement à satisfaire la forte demande en consommation de la cassave du Nord durant les mois de décembre, janvier, juin, juillet et août. Aujourd'hui, plus d'un s'interrogent sur l'avenir de ce produit original si la situation perdure.